Réactions de défense dans linteraction Hevea Brasiliensis/ Corynespora cassiicola et implication dune toxine dans le déterminisme de la réponse clonale
Frédéric BRETON
Thèse soutenue le 17 Décembre 1997 à lUniversité Montpellier II
Travail réalisé au Laboratoire de Biotechnologie et Physiologie Végétales Appliquées, Université de Montpellier II, sous la direction du Professeur J. DAuzac.
Deux clones d'Hevea brasiliensis (PB260 et GT1), présentant, sur plantation, des différences importantes de résistance à Corynespora cassiicola, ont été inoculés in vitro par dépôt de gouttes d'une suspension conidienne à la surface de folioles en survie. Dès les premières heures après infection, les tubes germinatifs sécrètent un réseau fibrillaire dense, vraisemblablement impliqué dans ladhésion et/ou dans la pénétration du champignon, qui ne seffectue que très rarement par les stomates. Chez le clone résistant (GT1), le développement mycélien est rapidement limité. Le mycélium est encapsidé par des composés bruns, dont le rôle dans la résistance reste à déterminer. A lopposé, chez le clone sensible (PB260), le mycélium envahit rapidement les différentes assises cellulaires et sétend au delà de la zone inoculée. La mort dun grand nombre de cellules en amont de la progression tissulaire du mycélium a été visualisée. Ces observations conduisent à penser quil sagit dun champignon nécrotrophe.
Une accumulation relativement tardive (48h) de scopolétine (Scp), constitue la première réaction visible à linfection. Elle est plus intense chez PB260 et postérieure aux premières nécroses, et ne peut, de ce fait, constituer un mécanisme majeur de la résistance du GT1. Dautre part, laccumulation de Scp apparaît comme la résultante dune synthèse de novo associée à une dégradation par le champignon et par des peroxydases foliaires dont laccumulation est plus importante chez le GT1. Par ailleurs, les produits doxydation de la Scp ne présentent pas une fongitoxicité significativement supérieure à la Scp elle-même.
Après inoculation, le GT1 se distingue par une augmentation importante dactivités enzymatiques produisant H2O2 (SOD, peroxydase NAD(P)H-dépendante) parallèlement à laugmentation de peroxydases susceptibles de consommer H2O2. Lactivité catalase, neutralisant H2O2, diminue quant à elle. Comparativement au PB260, le GT1 se caractérise ainsi par un potentiel de production de H2O2 supérieur. Par ailleurs, une importante activité catalase de C. cassiicola, impliquée dans sa résistance à la fongitoxicité de H2O2, doit être prise en compte dans ce pathosystème.
Lors du choc oxydatif, la cinétique de production dH2O2 par des disques foliaires élicités à laide dun extrait mycélien a permis de confirmer que la résistance du GT1 ne relevait pas sensu stricto dune réaction de type hypersensible. Lévolution post-infection de protéines de défense (ß-1,3-glucanase et chitinase) et la mise en place dune barrière lignifiée uniquement chez le GT1, sont également des mécanismes trop tardifs pour expliquer la résistance précoce de ce clone.
Labsence de relations entre ces mécanismes de défense et la résistance du GT1 ainsi que les observations microscopiques ont conduit à rechercher les facteurs de virulence de C. cassiicola. Limplication dune toxine produite in vitro par C. cassiicola, brièvement évoquée par le passé, a été confirmée. Cette molécule, dénommée cassiicoline, a été purifiée et lanalyse de sa structure, en cours dachèvement, indique quil sagit dun petit polypeptide (2,886 kDa) possédant un caractère hydrophobe. Lapplication de 3,4 µM de toxine sur des folioles en survie, reproduit 24h après incubation, la totalité des symptômes pathologiques de la maladie. De plus, une corrélation positive a été observée quant à la résistance/sensibilité de plusieurs clones dhévéa soit infectés par une suspension conidienne de C. cassiicola soit traités par des filtrats de culture du champignon renfermant la toxine. La même étude réalisée sur des espèces végétales hôtes et non-hôtes a permis de confirmer le caractère hôte-spécifique de la toxine. Cest donc vraisemblablement au niveau du devenir de la cassiicoline au sein des tissus foliaires, quil faut rechercher une explication à la résistance de certains clones